Cérémonie du 11-Novembre : lire le discours de M. le Maire

Mesdames et Messieurs,

Chers enfants, dont la présence nous ravit. Le 11 novembre 1918 est, et restera à jamais, l’une des dates majeures et emblématiques de l’histoire de France.

Celle que l’on nomme « la grande guerre » ou faussement la « der des der », figure au panthéon des heures glorieuses et décisives qui ont tracé le destin de notre pays. Unis par le même destin, les mêmes souffrances et par le même amour de la patrie, nous devons sans relâche transmettre aux  jeunes générations l’indispensable flambeau de la mémoire. En ce sens, votre présence, et particulièrement celles des enfants, est un véritable témoignage de respect envers ces hommes, et je vous en remercie de tout cœur.

Cette guerre, comme beaucoup d’autres, aurait pu être évitée si les nombreux appels à la raison et au sang-froid, avaient été entendus et partagés.

Depuis plusieurs mois, la rivalité des empires donnait lieu à une compétition économique acharnée.  Les sentiments nationalistes étaient exaltés, les haines s’attisaient, les alliances se nouaient,  la volonté d’en découdre grandissait de jour en jour. Inexorablement, le mécanisme s’était enclenché.

Le 1er août 1914, l’ordre de mobilisation générale était affiché sur tous les murs de France. Dès lors, le monde entier va se trouver plongé dans un véritable chaos, qui va durer plus de quatre longues et terribles années. Jamais guerre n’aura été aussi violente, et si le souvenir de cette guerre d’un autre siècle demeure aujourd’hui toujours aussi vivace, c’est sans doute parce qu’il n’épargna aucune famille française.

Près de 10 millions de soldats sont tombés sur le champ de bataille, 20 millions de blessés et de mutilés.

Au-delà du nombre de victimes, accablant en lui-même, les combats sur le front ont atteint un degré de bestialité encore inconnu jusqu’alors. L’horreur des tranchées aux noms de Verdun, du Chemin des Dames, de Douaumont ou de Notre Dame de Lorette, doivent à jamais résonner dans notre mémoire collective. C’est le jeune poète français Louis Krémer qui, trois ans avant de mourir au champ d’honneur, à l’été 1915, décrivait ainsi, dans une lettre à son ami d’enfance, l’horreur qui l’entourait : « Les cadavres raidis, les cadavres aux mains crispées, aux yeux vitreux, couverts de linges sanglants, d’insectes voraces, assiégés par un remous de vers et de mouches. L’épouvante des hommes frissonnants, sursautant aux vacarmes et aux chocs, terrés au plus profond de leurs abris ou s’efforçant au courage sous la grêle des obus ».

A la fin de ces horreurs, la paix fut mal négociée, et portait en elle les germes de la Seconde guerre mondiale. Au Traité de Versailles, qui avait mis l’Allemagne à genoux, s’ajoutèrent les conséquences de la grande dépression de 1933.  La misère et le sentiment d’humiliation firent alors le lit du nazisme. Capable du pire, l’Europe sous l’impulsion du général de Gaulle, du Chancelier Konrad Adenauer,  a aussi été capable du meilleur, initiant une construction politique sans équivalent dans le monde. Alors que nous vivons  une période troublée, profondément marquée par des incertitudes économiques et sociales sans précédent, par des bouleversements géopolitiques d’une ampleur inédite, et par des incertitudes dont les issues ne cessent de nous interroger, ce 103ème anniversaire revêt une portée symbolique toute particulière.

Nous rassembler aujourd’hui doit être aussi l’occasion d’appréhender un siècle d’histoire européenne, avec ses guerres passées, mais aussi avec les décennies de paix que nous venons de vivre. Car ce siècle d’histoire a forgé nos consciences. Il a hissé au premier rang de nos valeurs la paix, la tolérance, la fraternité. Il a fait de ces valeurs le socle d’un modèle que nous avons la responsabilité de protéger, de promouvoir et de faire rayonner.

Ce siècle d’histoire nous a aussi appris à reconnaître les multiples visages des ennemis de la paix. Depuis quelques années, nous voyons les conséquences des difficultés économiques sur nos sociétés, le délitement du lien social, la perte de confiance des peuples envers leurs dirigeants, la montée des extrémismes et des idéologies nationalistes qui en appellent au repli sur soi, à la méfiance et à la haine de l’autre.

N’oublions pas que c’est de ces ressentiments que naissent les conflits les plus graves, les plus fanatiques, les plus meurtriers. Il faut rendre confiance aux peuples de l’Europe, être capables de nous unir pour la croissance, le renouveau économique, comme nous nous sommes unis par le passé pour dire non à la guerre. C’est là, aujourd’hui, la condition indispensable pour préserver notre modèle de civilisation fondé sur l’humanisme, la démocratie, la justice sociale, la laïcité, l’égalité hommes-femmes. La paix, la démocratie, la prospérité, sont des biens fragiles. Ne laissons pas se banaliser la violence, quelle qu’en soit sa nature, et sachons mobiliser et rassembler nos énergies pour imposer le seul et unique choix qui devrait être le nôtre : celui d’une humanité solidaire, libre et fraternelle.

Puissent les jeunes générations reprendre avec courage le flambeau de la paix que nous leur léguons avec détermination et confiance.

Et que Vive la France !